Alors que commence l’époque d’Edo, au début des années 1600, les tout nouveaux spectacles de marionnettes ningyô-jôruri attirent les foules dans les théâtres des villes. Ils associent la manipulation de grandes marionnettes portées (ningyô) avec l’art de la récitation romanesque ou épique (jôruri) qui a connu un essor extraordinaire au cours des deux siècles précédents.
À la fin du XVIIe siècle, deux styles de spectacles de marionnettes s’affrontent dans les rues d’Osaka : le style bunya – du nom du récitant Okamoto Bunya (1633-1694) – réputé pour son caractère élégiaque et celui de Takemoto Gidayū, inspiré par le nouveau théâtre d’acteurs kabuki. Le style gidayu prend finalement le dessus, se transforme et devient le bunraku, le théâtre de marionnettes japonais internationalement connu. Le bunya ningyô quant à lui déserte les villes pour la campagne, préservé par quelques récitants et manipulateurs irréductibles auxquels on doit de pouvoir admirer aujourd’hui ce bunraku des origines.
De nos jours, les marionnettes bunya ne subsistent plus que dans quatre localités des départements de Kyushu et de Ishikawa et sur l’île de Sado. Les poupées du bunya ningyo mesurent 80 cm environ. Elles sont constituées d’une tête en bois sculptée montée sur une tige, de deux bras amovibles aux mains plates et de kimonos superposés. Les marionnettistes manipulent à vue sur scène, vêtus d’un costume noir qui les dissimule de la tête aux pieds. Glissant ses mains sous les kimonos de la poupée, le manipulateur tient dans sa main gauche le bras gauche de la marionnette et la tige qui soutient sa tête, tandis que sa main droite est glissée dans la manche droite de la marionnette. Les marionnettistes sont muets. Un narrateur s’accompagnant au luth shamisen raconte l’histoire, chante et interprète les dialogues.
La manipulation est d’une extrême délicatesse et, malgré sa lenteur, elle fait preuve d’une réelle virtuosité : pour compenser l’immobilité du visage, les marionnettistes parviennent à exprimer les sentiments et les réactions des personnages à travers les attitudes et les mouvements de la tête et du corps.
Avec le soutien de la Fondation du Japon.
