Sollicité pour mettre en valeur les danses traditionnelles des Moluques, le chorégraphe indonésien Eko Supriyanto a travaillé durant deux ans avec les membres de la communauté habitant la petite baie de Jailolo, au nord-ouest de l’île d’Halmahera dans les Moluques du nord, un site de plongée sous-marine très prisé mais dont le récif corallien est désormais menacé par l’exploitation touristique et la pêche massive.
C’est en collaborant avec 350 jeunes hommes, plongeant et dansant avec eux, observant leurs mouvements et ceux des poissons qu’il a conçu cette création, reflet de sa perception de la vie sous-marine et de la vie sociale de Jailolo.
En amplifiant les mouvements, en modulant l’amplitude, en accélérant le tempo des danses traditionnelles, Supriyanto a créé une pièce contemporaine pour sept danseurs, choisis parmi les 350 jeunes hommes.
Dans cette transcription chorégraphiée de la danse Legu Salai du peuple Sahu, complétée par des éléments de Soya-soya, une danse de cour du sultanat de Ternate, îlot situé juste au sud de Jailolo, le piétinement continu des danseurs imprime à la pièce son rythme régulier et solennel que viennent rompre des mouvements plus fluides, des formes d’expressions moins rituelles et plus contemporaines.
Les hommes alternent danse à l’unisson et danse en miroir, reflétant en cela les mouvements des bancs de poissons sur lesquels ces danses traditionnelles ont pris modèle. De temps à autre, un danseur se sépare du corps principal des danseurs pour proposer de nouvelles formes, reprises ensuite et développées par le groupe. Au son régulier des frappements de pieds sur le sol, la pièce évolue ainsi de motif en motif, telle une matière organique en perpétuelle mutation.
L’intensité et la solidarité qu’expriment ces jeunes hommes explorent le lien entre l’individu et la collectivité, que la chorégraphie de Supriyanto éclaire avec subtilité dans une création hypnotique et énergique : tempête au ralenti, exercice d’endurance porté par ces jeunes sur leur terrain de jeu.
Fondateur et directeur artistique de EkosDance Company et de Solo Dance Studio à Surakarta, sa ville natale réputée pour la magnificence de ses danses de cour, Eko Supriyanto est reconnu aujourd’hui comme le plus grand chorégraphe indonésien de sa génération. Formé dès l’âge de 7 ans aux danses de cour javanaises et à l’art martial du Pencak silat, il a travaillé dans le monde entier, il a notamment signé les chorégraphies de deux opéras mis en scène par Peter Sellars : Le Grand Macabre de György Ligeti et Flowering Tree de John Adams, et celle d’Opera Jawa de Garin Nugroho. En 2009, dans le cadre du 13e Festival de l’Imaginaire il a dansé à la Maison des Cultures du Monde un long solo de sa composition : Possible Dewa Ruci. Eko Supriyanto a un doctorat de Performances Studies et un master de danse et de chorégraphie de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA).
AUTOUR DU SPECTACLE
Rencontre croisée
Discussion autour des danses martiales indonésiennes entre le chorégraphe Eko Supriyanto et Jean-Marc de Grave, anthropologue et maître de conférences à l’Université d’Aix-Marseille.
Dimanche 20 novembre à 15 h / Entrée libre / Foyer du Théâtre Claude Lévi-Strauss
Bords de scène
Profitez d’un moment d’échange avec les artistes.
Samedi 19, dimanche 20 et samedi 26 novembre, à l’issue des représentations au Théâtre Claude Lévi-Strauss.
Atelier de danse
Découvrez et apprenez en famille les chorégraphies du spectacle avec les danseurs de la compagnie Ekosdance.
Dimanche 27 novembre de 14h à 15h30 / Accès libre sur inscription au 01 56 61 71 71 (du lundi au vendredi de 9h30 à 17h) / Foyer du Théâtre Claude Lévi-Strauss