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Chants des djebels de Syrie & ménestrels Kurdes de Turquie

Bashar Abu Hamdan, chant et vièle rebab, Mona Issa, chant et Maamoun Rahal, cithare qanun, et Ensemble Stranbej

Carte Blanche à Waed Bouhassoun

Chants des Djebels de Syrie
Tout au long de leur histoire, la musique et le chant populaires du Proche-Orient se sont distingués de la musique dite classique ou savante. Proche de la vie quotidienne, le chant populaire choisit comme moyen d’expression exclusif la langue parlée et le dialecte de chaque localité. Musique essentiellement impersonnelle, il est impossible d’en fixer les origines etd’en connaître les auteurs, de plus sa transmission est exclusivement orale. « Le shâ’er, poète compositeur-chanteur, est un obscur Bédouin, paysaou montagnard, qu’aucune instruction ou éducation littéraire et musicale ne distingue des autres. (…) Il a appris au contact de quelque vieux shâ’er à aimer passionnément le folklore de son pays, de sa tribu, de son village, puis le don de dire des vers et de les chanter a surgi du fond de lui-même, comme sous l’effet d’une “révélation d’Allah”. (…) Nous sommes ici dans un domaine où il est impossible de faire la part de la tradition et de la création personnelle, de la mémoire et de l’imagination » (Simon Jargy, La musique arabe, Paris, 1971).

Bashar Abu Hamdan vient de Soueida, dans le Djebel Druze. Enfant, il accompagnait son père aux soirées de poésie, fréquentes dans cette région située aux portes du désert de Syrie et où les bédouins perpétuent depuis des siècles la poésie arabe improvisée.

Bashar Abu Hamdan a commencé à apprendre par coeur les poèmes de ces soirées tout en économisant sur son argent de poche pour s’acheter un rebab. Il a ensuite appris à en jouer avec un joueur de rebab réputé, Abou Hassan Yousef. Depuis, il ne cesse de recueillir, d’apprendre et de chanter cette poésie originaire du Najd et qui s’est répandue par transmission orale à travers toute la péninsule arabique. Il en est aujourd’hui l’un des plus éminents interprètes.

Ses poèmes, Bashar Abu Hamdan les organise en petites suites, commençant par un chant long, mélopée aux accents parfois douloureux qui exprime la nostalgie, l’amour, le mal du pays. La voix y prend toute son ampleur, se développant en longues volutes ornementales.

Viennent ensuite des pièces rythmées qui peuvent accompagner la danse traditionnelle debke. Ce sont des strophes de vers courts qui alternent avec un refrain. La mélodie, très simple, s’appuie sur un rythme vif et scandé par le jeu d’archet du rebab. À l’ouest de la Syrie, la poésie chantée prend une autre forme, celle des montagnes boisées et verdoyantes du Djebel Ansariyeh. Mona Issa est née à Al Qamuhiyeh, non loin du château de Saladin. Sa mère a une belle voix, très appréciée dans la famille et Mona a appris à chanter en l’écoutant et en se faisant accompagner par son frère et par son oncle, l’un au oud et l’autre au nay. Mona Issa a aujourd’hui 19 ans, elle étudie la littérature arabe et chante pour le plaisir, mais elle est déjà connue dans sa région pour la splendeur de sa voix et son interprétation à la fois retenue et émouvante du répertoire de son village.

Elle est accompagnée à la cithare qanun par Maamoun Rahal. Né à Lattaquié dans une famille d’amateurs de musique et de poésie, il a commencé dès l’âge de quinze ans à donner des concerts avec ses frères. Il est également percussionniste, compositeur, facteur d’instruments et il enseigne à la faculté de musique de Homs.

Waed Bouhassoun

Stranbej, en kurde, désigne le ménestrel : chanteur et musicien virtuose il interprète des ballades, des louanges à un personnage ou une ville, des chants d’amour, des chants d’exil mais aussi des chants à danser pleins d’humour et de gaieté. Ce trio s’est formé à Paris en 2016 à la faveur d’une rencontre entre Mahmut Demir et deux musiciens fraîchement arrivés de Turquie : Rushen Filiztek et Neshet Kutas. Installé en France depuis plus de trente ans, Mahmut Demir a créé la Maison du Saz dans une vieille maison ouvrière de Montreuil. Le saz, c’est le luth anatolien, l’instrument des bardes et des cérémonies mystiques alévies. Il y accueille ses visiteurs avec du thé, vend et répare toutes sortes d’instruments orientaux, dispense ses conseils et ses contacts aux musiciens de passage, enseigne le jeu du saz à une centaine d’élèves de tous horizons. Enfin les musiciens de la diaspora peuvent profiter de son petit studio d’enregistrement pour y créer leur premièr maquette. C’est ce qu’ont fait Rushen Filiztek et Neshet Kutas dans les premiers jours de 2016.

Rushen Filiztek a 25 ans. Il est originaire de Diyarbakir. Il chante dans un style direct et généreux avec une conviction dénuée de toute affèterie. Sa voix, haut placée laisse entendre ici et là ces légers huchements qui sont la marque des bardes. Son instrument de prédilection est le divan saz, un grand luth à manche long au timbre grave et profond, mais il excelle également au baghlama, le saz à manche court des bardes anatoliens, et au jümbüsh, adaptation orientale du banjo très utilisée dans les musiques populaires de Turquie et du nord de la Syrie. Neshet Kutas est né dans une famille kurde installée à Izmir. Avant de venir en France, il était professeur de musique en Turquie. Sa maîtrise des nombreux rythmes du Moyen-Orient et son jeu précis et élégant en font un excellent percussionniste.

Mahmut Demir est né dans un village kurde de la province de Sivas. Sa famille comprenait déjà plusieurs joueurs de baghlama. Outre le saz avec lequel il a remporté un premier prix en Turquie dans sa jeunesse, Mahmut joue d’une ancienne vièle d’origine égéenne, le kabak kemaniye, dont le timbre et la flexibilité évoquent la voix humaine. Mahmut Demir chante aussi, dans le style des ashik, les bardes alévis dont il interprète le répertoire depuis de longues années.

Pierre Bois


La Maison des Cultures du Monde s’associe à la chanteuse et musicienne syrienne Waed Bouhassoun pour proposer ce programme de concerts consacrés à des traditions musicales du Proche et Moyen-Orient aussi diverses que menacées. « Les événements dramatiques qui sévissent en Syrie ont fait découvrir en France la multiplicité des ethnies qui co-habitent dans cette région. Le Festival de l’Imaginaire m’a invitée l’année dernière à participer à un concert illustrant une partie de cette diversité. Cette année, cette Carte Blanche me permet de prolonger ce panorama mais il m’est tout de suite apparu qu’il était impossible de couvrir en quelques heures de concert la multiplicité d’expressions musicales qui se côtoient en Syrie et dans le reste du Proche et Moyen-Orient. Aussi ai-je limité mon choix à celles dont je connaissais les interprètes, pour avoir joué avec eux ou parce que des connaissances communes me les avaient fait découvrir. Les artistes que j’ai choisis ont dû, pour certains d’entre eux, quitter leur pays et se réfugier en Europe. Les autres vivent toujours dans leur ville d’origine et ont accepté de venir témoigner de leur art. »

Waed Bouhassoun

 

 

©DR
Le Programme
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