D’après les Actes des apôtres, c’est à Antioche que les disciples de Jésus furent appelés « chrétiens » pour la première fois (Actes 11:26). Située sur la frontière turco-syrienne actuelle, cette ville était jadis le siège d’un important patriarcat. Pour des raisons doctrinaires et linguistiques, ce patriarcat s’est scindé en cinq églises locales, dont deux adoptèrent le grec, les patriarcats roum orthodoxe et roum catholique, tandis que les trois autres employaient la langue syriaque, issue de l’araméen, langue de Jésus : les patriarcats syriaque orthodoxe, syriaque maronite et syriaque catholique.
Au cours des derniers siècles, la langue arabe a pris une place prépondérante dans ces cultes. Quant à la musique liturgique de ces Églises, elle est monodique et modale, comme celle des autres traditions musicales d’Orient, mais elle a développé des styles et des formes spécifiques. Au moment où ces traditions musicales sont menacées d’extinction, ce concert vise à réaffirmer la vitalité de ces musiques liturgiques même si elles sont bien parfois condamnées à une certaine clandestinité. Loin de toute tendance fossilisante, ce programme s’inscrit dans une perspective de revivification et de création, en recourant à l’improvisation et à l’échange entre les expressions musicales syrianophones, hellénophones et arabophones, avec quelques incursions dans les traditions copte et latine grégorienne. Il reprend le schéma général de la profession de foi chrétienne et le réalise par la cantillation de versets évangéliques en arabe et en grec, de chants syriaques maronites, roum orthodoxes et catholiques, syriaques orthodoxes et catholiques, coptes et grégoriens, en plus d’un poème soufi sur la Nativité, et s’achève par une variation improvisée sur l’invocation apocalyptique : « Et l’Esprit et l’épouse disent : Marana ta ! Viens ô Seigneur ! »
Les interprètes appartiennent à l’Ensemble musical ecclésiastique levantin de l’Université Antonine. Sous l’impulsion du musicologue et musicien Nidaa Abou Mrad, cette université libanaise mène depuis plus d’une décade des recherches musicologiques approfondies sur les traditions musicales du Levant et réinvestit ces recherches dans la pratique musicale vivante, avec des chantres, des chanteurs et des instrumentistes expérimentés, tels que le chantre byzantin Mikael Hourani, le chanteur et luthiste arabe Mohammad Ayach et la chanteuse syriaque Najwa Habchi.
d’après Nidaa Abou Mrad
La Maison des Cultures du Monde s’associe à la chanteuse et musicienne syrienne Waed Bouhassoun pour proposer ce programme de concerts consacrés à des traditions musicales du Proche et Moyen-Orient aussi diverses que menacées. « Les événements dramatiques qui sévissent en Syrie ont fait découvrir en France la multiplicité des ethnies qui co-habitent dans cette région. Le Festival de l’Imaginaire m’a invitée l’année dernière à participer à un concert illustrant une partie de cette diversité. Cette année, cette Carte Blanche me permet de prolonger ce panorama mais il m’est tout de suite apparu qu’il était impossible de couvrir en quelques heures de concert la multiplicité d’expressions musicales qui se côtoient en Syrie et dans le reste du Proche et Moyen-Orient. Aussi ai-je limité mon choix à celles dont je connaissais les interprètes, pour avoir joué avec eux ou parce que des connaissances communes me les avaient fait découvrir. Les artistes que j’ai choisis ont dû, pour certains d’entre eux, quitter leur pays et se réfugier en Europe. Les autres vivent toujours dans leur ville d’origine et ont accepté de venir témoigner de leur art. »
Waed Bouhassoun