À la fin du XIIe siècle est né un art littéraire et musical qui se répandit grâce à des moines aveugles, les biwa hôshi, narrateurs, chanteurs et joueurs de luth biwa. Ces récits s’attachaient aux grandes familles de guerriers qui imposèrent leur loi au détriment de la cour impériale en déclin. Le plus célèbre est le Dit des Heike (Heike monogatari) qui raconte la lutte qui opposa le clan des Taira (Heike) à celui des Minamoto (Genji) pour le contrôle du Japon. Le point culminant de ce conflit est la bataille de Dan-no-ura et son interprétation est l’un des morceaux de bravoure du Heike monogatari
Art de la déclamation, du chant et de l’instrument, l’on est saisi par la puissance de cette parole et le souffle épique qui s’en dégage.
Cette épopée connut un fort déclin à l’avènement de Meiji et ce n’est qu’au XXe siècle qu’elle réapparut grâce à Tsuruta Kinshi, célèbre artiste de la maison impériale. Née à Tokyo, Junko Ueda a suivi une solide formation musicale avant de devenir l’élève puis la disciple de Tsuruta Kinshi. Parallèlement, elle a étudié le chant bouddhique japonais shômyô qui l’aide à retrouver les intonations des biwa hôshi. Son disque, L’épopée des Heike (publié aux AIMP de Genève) a été couronné en 1991 par l’Académie du disque Charles Cros.
Tout comme Tsuruta Kinshi, Junko Ueda utilise un grand biwa de l’ancienne province de Satsuma, située au sud de Kyushu, et dont le plectre large et massif permet de reproduire le fracas des scènes de bataille.
Pierre Bois
Spectacle surtitré en français