Affiche Festival de l'Imaginaire 2010

 

 

Supplici a Portopalo

Italie

De la tragédie d’Eschyle à la parole des réfugiés. Création théatrale

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Horaires et lieu

 Vendredi 9 à 20h30
 Samedi 10 avril à 20h30

Maison des Métallos
94 rue Jean-Pierre Timbaud
75011 Paris
M° Couronnes / Parmentier

Tarifs

 Plein tarif : 13 euros
 Tarif abonnés : 13 euros
 Tarif réduit : 9 euros

Informations sur le tarif réduit et abonné, cliquez ici

 Mise en scène de Gabriele Vacis
 Dramaturgie de Monica Centanni

avec
 Vincenzo Pirrotta et
 Gabriele Vacis

 un projet de Change Performing Arts, Milan

C’est vers 460 av. J.-C. qu’Eschyle écrit les Suppliantes ; le récit s’ouvre sur un « débarquement », celui des cinquante filles de Danaos qui fuient leur pays, l’Egypte, arrivent en Grèce et demandent asile au roi d’Argos. Le récit se termine quand, au nom des droits sacrés de l’hospitalité, le roi et tout le peuple de la cité décident d’accueillir les exilées en qualité d’astóxenoi, « étrangers, mais aussi nouveaux citoyens ».

Portopalo est une ville frontière située à l’extrême pointe de la Sicile, un petit village qui vit tous les jours la réalité des « débarquements » ou l’arrivée des immigrés et le problème posé par leur accueil. Cette petite communauté de pêcheurs et de paysans est contrainte de se mesurer à une législation ambiguë, à devoir composer avec des normes restrictives et violentes qui n’appartiennent pas au code traditionnel des gens de mer. Portopalo est le décor où le verbe d’Eschyle rencontre les récits des immigrés d’aujourd’hui pour se parer d’une vitalité nouvelle.

Texte et récits sont portés par la voix de Vincenzo Pirrotta, dirigé par Gabriele Vacis, aussi présent sur scène comme narrateur. Homme de théâtre et baladin, Pirrotta – qui fut l’élève de Mimmo Cuticchio, maître de marionnettes siciliennes – est considéré comme l’héritier de la tradition des cuntisti, les conteurs siciliens. Cette tradition, penset- on, serait un legs de la présence arabe en Sicile au xe siècle. Elle se caractérise par un travail particulier de la voix, gutturale, impressionnante, qui épouse différents registres. Pirrotta a été unanimement salué par la critique italienne pour ses performances physiques autant que vocales et pour faire vivre ensemble traditions et expériences théâtrales. Ici, cette voix ancestrale, née de la rencontre de deux mondes, deux civilisations, exprime la souffrance de ces nouveaux Suppliants aux portes de l’Europe, elle se met au service d’une tragédie, banalement quotidienne, d’exclusion et de mort.

Par la performance et la voix de Pirrotta, le texte d’Eschyle s’entremêle et se confond avec les tragiques témoignages des immigrés, lesquels, exilés de leur pays, fuyant la guerre, la famine et la pauvreté atteignent, après d’épuisants voyages par voie de terre puis par mer, la côte de « notre » Méditerranée, demandant l’asile, cherchant une nouvelle patrie. Ainsi, le récit devient-il oraison civile et réflexion collective. Le théâtre va donc retrouver sa fonction, celle qu’il avait dans l’Athènes du ve siècle av. J.-C. Aujourd’hui, comme en ce temps-là, le théâtre n’a de sens que s’il retrouve son rôle politique original.

Monica Centanni