Affiche Festival de l'Imaginaire 2010

 

Du 3 mars au 25 avril 2010

/

En résonance avec une actualité de destructions, de ruptures brutales, de déséquilibres, de déchirements, d’incompréhensions, de trahisons, mais paradoxalement aussi de création de réseaux, plusieurs spectacles, rituels, concerts et expositions de cette 14e édition du Festival de l’Imaginaire questionnent la mémoire, les racines, les identités culturelles en perpétuelle construction. Fidèle à sa mission, cette édition promet des moments de découverte, naviguant entre des trésors insoupçonnés du patrimoine culturel immatériel, des créations et des répertoires classiques revisités par les artistes d’aujourd’hui.

En ouverture, le krishnanattam , spectacle rare et méconnu de l’Inde du sud car réservé à l’enceinte des temples, fut une des sources du kathakali . Ce théâtre rituel met en scène la jeunesse de Krishna, entouré de divinités et de personnages que notre pensée ne peut cerner totalement, leurs faits et gestes dépassant notre imaginaire.
Toujours de l’Inde du sud, le mohini attam avec Kalamandalam Kshemavathy et Kalamandalam Leelama maîtres incontestés de cette « danse de l’enchanteresse ».
La cérémonie des moines tibétains du monastère de Nechung à Dharamasala, loin de l’exotisme et d’une image un peu convenue, nous immergera dans une dramaturgie musicale pluriséculaire aux sonorités singulièrement contemporaines.
Les Chantres de Moscou, un des ensembles vocaux les plus réputés de Russie, interpréteront des oeuvres liturgiques pour choeur et basse profonde, une voix saisissante et mystérieuse. Une histoire particulière nous lie à l’Azerbaïdjan, à l’art du mugham et à ses plus grands interprètes maintes fois invités. Cette année, les bardes du Shirvan nous conduisent aux sources du mugham , alliant une poésie raffinée à une musique flamboyante.
De l’Istanbul ottomane, porte de l’Asie ouverte sur la Méditerranée, l’Ensemble Bezmara exhume des répertoires oubliés et les fait revivre sur des instruments aujourd’hui disparus et reconstitués à partir des traités et des miniatures anciennes.

La Méditerranée est au coeur des passages, des échanges et des rencontres entre différentes cultures. Trois concerts illustreront la vitalité d’une jeune scène musicale syrienne. Mais ces concerts permettront notamment de retrouver la jeune Waed Bouhassoun auprès d’une des plus belles voix flamenca aujourd’hui, Curro Piñana et son frère le merveilleux guitariste Carlos Piñana pour un hommage au legs poétique, amoureux et mystique de l’Andalousie.

La Méditerranée est aussi le témoin de tragédies : Supplici a Portopalo , une mise en scène de Gabriele Vacis, sera présentée en création mondiale. L’art et la voix d’un acteur d’exception, Vincenzo Pirrotta, porteur d’une tradition sicilienne qui remonterait à la présence arabe sur l’île, naviguera entre tragédie d’Eschyle et paroles de réfugiés et immigrés d’aujourd’hui.

La mémoire est une notion très liée au voyage, au passage. Dans Transcripción , Diana Theocharidis, chorégraphe argentine d’origine grecque, a conçu un espace de danse où l’eau renvoie au souvenir et à l’oubli sur une musique que les compositeurs Pablo Ortiz et Kaija Saariaho ont peuplée de réminiscences de tango argentin et finlandais.
D’Argentine encore, le violoniste virtuose Néstor Garnica nous enchantera avec les chacareras et zambas populaires de la région de Santiago del Estero dont les origines s’enfouissent dans le passé des immigrés européens.

Les Jamaïcains du Blue Glaze Mento Band nous emmèneront aux sources du reggae avec le mento, une musique de terroir, mâtinée d’influences africaines, latines et coloniales, avant que le DJ Winston « Merritone » Blake nous plonge dans l’ambiance du Kingston des années 50, 60 et 70 et sa « musique pour la tête, le coeur, l’âme et les pieds ».
Et la Mexicaine Silvia Maria, à la voix chaude et sensuelle chantera, tout en s’accompagnant à la guitare, son attachement au Oaxaca, sa région natale.

Un regard sur Taïwan et sa scène contemporaine qui revisite quelques grandes formes patrimoniales : le théâtre de marionnettes à gaine par Liao Wen-ho, l’opéra kunqu par la compagnie Half Q et l’opéra nanguan par le Gang-a-tsui Theater. Le travail de ces artistes – tout comme celui des Coréens de l’ensemble Baramgot – nous rappelle que l’identité culturelle n’est pas seulement un héritage du passé mais aussi un projet d’avenir dont ils sont les artisans incontournables. Avec Généalogies , pendant visuel et plastique aux spectacles, trois artistes contemporains taïwanais s’interrogent sur l’identité de leur culture.

À Vitré, l’artiste indonésien Dani Iswardana sera en résidence à la Maison des Cultures du Monde. Son travail poursuit la tradition des dessins inspirés des théâtres d’ombres mais il la catapulte dans le temps présent sous l’angle de l’humour et de la satire. Ses oeuvres côtoieront les Ombres du Râmâyana , une superbe collection particulière de figurines de l’Inde et d’Indonésie.
La fabuleuse collection de l’Amiral Pâris sera, elle, présentée au Musée National de la Marine. Tous les bateaux du monde réunira maquettes, aquarelles et documents sur les embarcations traditionnelles des cinq continents dont beaucoup ont aujourd’hui disparu.
Enclavé dans les terres, privé d’accès à la mer, le Paraguay est un pays mal connu. Conçue comme une cartographie du temps et de ses zones les plus sensibles, l’exposition Paraguay Esquivo permettra de « lire » son histoire, sa société, ses rêves et sa mémoire à travers les oeuvres plastiques et visuelles d’artistes indigènes ou urbains, mais résolument contemporains.

Cette riche programmation, entre passé, présent et avenir, sera présentée dans divers lieux. Avec toute l’équipe de la Maison des Cultures du Monde, nous remercions nos partenaires, toutes les institutions et les lieux qui nous font confiance, nous ouvrent leurs portes.

Enfin, il faut absolument saluer tous les artistes, qui viennent souvent du bout du monde, le coeur battant, tout excités et heureux à l’idée de partager avec le public à Paris et en régions, leurs traditions, leur culture, leur art, leurs idées sur le monde. Parce que le monde dans la diversité de ses expressions est un. Alors, cher public, ne ratez pas ce rendez-vous exceptionnel.

Arwad Esber