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Musique soufie du Sénégal

Papa Djimbira Sow

Chants et tambours de la confrérie des Khadres

Vendredi 11 avril 2014 à 20h30
Samedi 12 avril 2014 à 20h30

Institut du monde arabe

Également au Théâtre de Vitré le 8 avril à 20h45

Nous sommes enfin arrivés, après un voyage interminable, entassés dans cette voiture, miracle de mécanique et de surnaturel, suivant les pistes dans la brousse sablonneuse qui entoure Kébémer. Le souvenir revient des baobabs majestueux dans l’obscurité totale, croisés par les phares de la voiture, et d’un animal, resté inconnu, qui passe au galop devant nous. C’était il y a presque dix ans déjà.

Le temps passe vite, beaucoup de souvenirs s’estompent, mais je garde cette nuit intacte en ma mémoire.

Nous descendons de voiture et les hommes du village viennent à notre rencontre, ils me regardent avec curiosité se demandant ce que je fais là, mais ils vont vite m’oublier. Dans son habit blanc de cérémonie, Papa Sow apparaît enfin. On s’approche de lui, on lui serre les mains, les embrasse, on le touche. Je vois apparaître et disparaître des billets d’argent.

Je suis le groupe vers l’intérieur du village d’où nous parviennent des cris, des éclats de rire, de la musique. La fête est là-bas. La lumière des spots est forte, le bruit du générateur aussi. Les femmes portent des costumes aux tissus et aux couleurs luxuriants, les hommes sont habillés plus sobrement.

On perçoit l’excitation qui monte. Les percussions sont prêtes, au milieu de la place. Les percussionnistes attendent sagement le signe du chef.

Je m’assied sur un banc, à côté des aînés du village qui me regardent et rigolent.
La musique commence. Le silence s’installe. C’est alors que la voix de Papa Sow s’envole, envoûtante, ensorceleuse, elle plane sur le village, dans le ciel étoilé.
Je retiens mon souffle. Les gens marmonnent, tout le monde connaît les paroles. Mais ils sont tout en retenue, presque en prière.

La voix devient de plus en plus aiguë, presque métallique, mais toujours d’une justesse remarquable.

Le silence se fait à nouveau, quelques instants interminables s’écoulent. Soudain le mur sonore des percussions surgit et emporte tout. L’ambiance s’enflamme, les femmes dansent, les hommes chantent, s’agitent, s’approchent, s’éloignent des musiciens. Certains sont comme en transe. Les mouvements se font frénétiques.
On transpire. À nouveau le silence et la voix de Papa Sow s’envole encore plus haut.
La musique de Papa Sow est ainsi faite, de vides et de pleins. D’envols spirituels et de rythmes charnels.

C’est l’esprit et la chair. 

C’est l’Afrique.

Riccardo Borghesi



avec
Papa Djimbira Sow, chant
Fadal Djimbira, chœur
Mohamed Lam, chœur
Cheikh Mame Mory Ndiaye, tabala
Babacar Diop, tabala
Cheikh Ma Djimbira Ndiaye, tabala


Une co-production de la Maison des Cultures du Monde et de l’Institut du monde arabe


Né dans une famille peule à Kébémer dans le nord-ouest du Sénégal, Papa Djimbira Sow chante pour maintenir vivante la tradition familiale : comme son grand-père et son oncle maternel avant lui, il est chanteur dans la tradition des « khadres », entendez la confrérie de la Qadiryya.

Fondée à Bagdad au XIIe siècle la Qadiryya est la plus ancienne des confréries du Sénégal, même si elle ne compte aujourd’hui que 6% de la population. La Qadiryya a joué un rôle majeur dans l’introduction de l’islam en Afrique subsaharienne, avec l’appui des marchands arabes et des savants de Tombouctou. Se sentant investi de la responsabilité de reprendre le flambeau de la tradition familiale, c’est à Saint-Louis du Sénégal où il est scolarisé que Papa Sow fréquente plusieurs figures importantes de la confrérie et qu’il mémorise poèmes, chants et mélodies.

Ses invocations, il les lance comme un cri de griot. Les chants khadres sont une sorte de creuset, les rythmes et les mélodies s’inspirent des ethnies locales, des Wolof, Seereer et Pulaar et les musiciens qui l’accompagnent jouent des tabalas, instruments empruntés à la culture maure.