ARCHIVES EDITION 2013

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Turquie

CHANTS ET DANSES DU DJEM ALÉVI

par les communautés de Turhal et de Kayabelen
sous la direction de Gulami Dede et de Ali Dede

Samedi 13 avril à 20h30

à l’Auditorium du Louvre

Alevis de Turhal Tokat © Pierre Bois - MCM Alevis de Turhal Tokat © Pierre Bois - MCM Alevis de Turhal Tokat © Pierre Bois - MCM

Hommes et femmes dansent ensemble l’Ascension du prophète et l’harmonie dans la communauté.

La tradition religieuse alévie est née en Asie centrale et s’est développée en Anatolie. À la fois mystique et humaniste, elle se fonde sur la foi en Dieu, la prophétie de Mahomet, la sainteté de Ali et la quête de la vérité dans le coeur de l’Homme. Cette tradition porte aussi le nom de bektashisme en référence à son fondateur Haji Bektash Veli (XIIIᵉ siècle). Seule différence, on naît alévi par descendance, on devient bektashi par choix.

Les Alévis furent longtemps décriés par les sunnites orthodoxes qui réprouvaient leur mode d’expression religieuse : pas de prières quotidiennes ou hebdomadaires mais de grands rituels nocturnes, les djem, accueillant femmes et hommes, pas de jeûne du ramadan mais l’abstinence d’eau et de nourriture animale pendant la commémoration du martyre de l’imam Hussein, pas de mosquée mais des “maisons de djem”.
Blâmée également leur doctrine fondée sur un islam chiite duodécimain mêlé d’éléments de zoroastrisme, de judaïsme et de christianisme et qui divinise l’homme en faisant de celui-ci le temple de la divinité. Cette religion demeura longtemps secrète, les communautés s’étant pour la plupart repliées dans les montagnes anatoliennes et pratiquant leurs rituels pendant la nuit. Pourtant, l’alévisme a nourri tout un pan de la culture populaire anatolienne, notamment celle des chanteurs populaires ashik et une riche littérature poétique.

Un quart de la population turque (soit environ 20 millions de personnes) revendique une ascendance et une culture alévies, mais seules quelques régions rurales ont préservé les assemblées mystiques djem. Hommes et femmes y célèbrent ensemble l’Ascension du prophète, le miraj, et sa rencontre avec les Quarante Immortels à travers la danse du semah des Quarante, leur vision cosmogonique dans le semah des grues cendrées où les femmes, tournant sur elles-mêmes, figurent la rotation des planètes tandis que les hommes, battant des bras imitent le vol de l’oiseau mythique, ou encore le semah des cœurs qui symbolise la quête d’harmonie au sein de la communauté.

Ils invoquent au son du luth sacré baghlama les douze imams chiites, pleurent le martyre de Hussein dans des litanies a cappella et chantent diverses hymnes anonymes ou composées par de grands poètes tels que Pir Sultan Abdal ou Kul Himmet.

Le concert de la chanteuse Armağan Elçi, le lendemain dimanche 14 avril, présente une autre réalité de la tradition musicale alévie aujourd’hui, celle d’une société urbaine fascinée par les mélodies des semah et leur sagesse poétique. De famille alévie par sa mère, Armağan Elçi est une interprète réputée des chants de tradition anatolienne et en particulier des semah alévis qu’elle a appris lors de ses collectes à travers la Turquie. Car Armağan Elçi est également ethnomusicologue et professeur à l’université Gazi d’Ankara.

Elle sera très simplement accompagnée par Ugur Top au luth baghlama (aussi appelé saz). Cemal Hakiroğlu et Mehmet Şahin, les deux ashik de la communauté de Turhal, participeront également à ce concert, faisant ainsi ressortir le contraste entre la pratique traditionnelle enracinée dans les rituels villageois et une interprétation sur scène qui contribue, à sa manière, à promouvoir ce patrimoine pétri d’humanisme mystique.


Une co-production Maison des Cultures du Monde / Musée du Louvre,
avec le soutien de la Commission nationale turque pour l’UNESCO.

Ces spectacles marquent les 10 ans de la série « Musique des mondes de l’Islam » programmée à l’Auditorium du Louvre par la Maison des Cultures du Monde.

Le semah alévi-bektashi a été inscrit en 2010 par L’UNESCO au patrimoine culturel immatériel de l’humanité.