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Chants populaires de Corée

Arirang

Lee Chun-hee et Yu Ji-suk

Vendredi 7 mars 2014 à 20h
Samedi 8 mars 2014 à 19h

Maison des Cultures du Monde
Spectacle surtitré en français par Hervé Péjaudier et Han Yumi

« Sur la montagne du Diamant, à Gangwon,
12.000 pics se hérissent
Ces pics abritent 80.000 temples,
Ma voix s’élève dans le sanctuaire de Chilsong,
au temple de Yujeom,
Priant pour le fils ou la fille que je n’ai pas encore,
Indifférente aux prières que mes parents
ruminent depuis trois mois et dix jours.
Épargne celui qui est loin de sa maison…
Arirang, arirang, arariyo… »

Symbole musical du peuple coréen, Arirang offre un exemple étonnant d’identification nationale et de création collective à partir d’une chanson dont l’origine est à la fois incertaine et mythique : une complainte que l’on dit née dans la province de Gangwon et qui exprime l’angoisse d’une jeune fille dont le fiancé est parti pour Séoul, bravant les dangers de la rivière sur sa cargaison de bois flotté.

Arirang — le mot signifie mon bel amour ou mon grand amour — est donc le titre d’une des centaines de chansons villageoises qui forment le répertoire de minyo. Ce qui le distingue, c’est cet obsédant refrain « arirang, arirang, arariyo » qui exacerbe son caractère nostalgique et désespéré. Arirang est l’expression parfaite du han, un sentiment aussi singulier pour les Coréens que le duende pour les Andalous, le tarab pour les Arabes ou le blues pour les Afro-américains, une forme de mélancolie qui irrigue tous les arts coréens, en particulier les arts populaires, mêlant tout à la fois regrets et nostalgie, désir et frustration, révolte et résignation et bien d’autres sentiments encore.

Arirang connaît à partir du XIXe siècle une fortune étonnante. En ce début d’exode rural, il permet aux travailleurs que la misère a jetés sur les routes d’exprimer leur désespoir. Ce chant va dès lors bourgeonner, éclore et se répandre en une soixantaine de versions régionales et quelque 3600 variantes. En 1926, un film muet intitulé Arirang et qui raconte la résistance d’un jeune étudiant coréen contre l’occupant japonais lui apporte la consécration. À la fin de chaque représentation, le public enflammé se dresse et entonne ce chant qui devient une sorte d’hymne nationaliste. Aux versions villageoises viennent alors s’ajouter celles, plus élaborées, d’artistes professionnels. Alors, chant traditionnel ? Musique populaire ? Les chercheurs en débattent. Emblème national ? Tous s’accordent là-dessus.

Inconnu en France, le japga fait aussi partie du répertoire populaire coréen, plus particulièrement des régions de Gyeonggi (centre), Seodo (ouest) et Namdo (sud). Inspiré par les minyo, les ballades gasa et le pansori, c’est un chant qui requiert beaucoup de technique et a toujours été interprété par des professionnels, une sorte de méditation envoûtante sur trois notes tantôt martelées sur le rythme du tambour tantôt longuement ornementées, avec de brusques explosions dans l’aigu suivies d’un retour au calme.

Deux trésors vivants, les chanteuses Lee Chun-hee et Yoo Ji-suk, se partageront le temps d’une soirée les arirang de sept régions de Corée et les japga de Seodo, de Namdo et de Corée du nord, entrecoupés par les japga de Gyeonggi de la jeune Kang Hyo-joo et quelques improvisations éblouissantes de Choi Kyuong-man au hautbois taepyeongso.

Pierre Bois

CONFÉRENCE-PROJECTION
dans le cadre du cycle Chamanisme et possession au XXe siècle de la Maison des Cultures du Monde

Lundi 10 mars 2014 à 19h30
Maison des Cultures du Monde - Entrée libre dans la limite des places disponibles

« En chamanisme coréen, mystères et particularités »
par Alexandre Guillemoz, directeur d’études émérite à l’EHESS

En nous fondant sur des observations de terrain et des documents recueillis pendant plus de dix ans (1975-1986) au cours de divinations, de rituels, réguliers ou occasionnels, ainsi que des récits de vie nous tenterons de répondre à la question : Comment une mudang de Seoul est en contact avec le surnaturel ?

Alexandre Guillemoz, ethnologue, spécialiste de la Corée est l’un des rares spécialistes mondiaux du chamanisme coréen. Chercheur au CNRS, puis directeur du Laboratoire Etudes coréennes du CNRS et directeur d’études à l’EHESS, il est maintenant à la retraite et oriente ses recherches vers des sujets anthropologiques. Il a publié Les Algues, les Anciens, les Dieux (1983) et La Chamane à l’éventail (2010).

Projection de Mudang : réconciliation entre les vivants et les morts
un documentaire de Park Ki-bok, 2003, 100 mn, vost. français