Qu’est-ce que le patrimoine culturel immatériel ?
Presque dix ans après la signature par les États parties de la
convention de l’Unesco pour la sauvegarde du Patrimoine
culturel immatériel (PCI), cette question reste d’actualité.
Le FESTIVAL DE L’IMAGINAIRE y apporte chaque année une
réponse en partageant avec le public une programmation
qui explore l’imaginaire de l’humanité, levant le voile sur
des arts parfois méprisés, souvent marginalisés.
À ce titre, les marionnettes YAKSHAGANA du Karnataka nous
sont particulièrement chères, la Maison des Cultures du
Monde ayant joué un rôle majeur pour les empêcher de
disparaître totalement. Elles reviennent après plusieurs
années d’absence et livreront un magnifique spectacle de
marionnettes qui ravira les enfants et ces autres éternels
enfants que sont les adultes.
Le PCI est un héritage, certes, mais il demeure vivant et
impose déjà une réflexion sur l’évolution de la Convention.
La 9e journée du PCI initiera le premier Forum des
chercheurs sur la Convention, tandis qu’une exposition
au Centre français pour le patrimoine culturel immatériel
(Maison des Cultures du Monde à Vitré) proposera de
familiariser le public avec le PCI.
La performance, qu’elle soit un rituel ou un divertissement,
est un espace de liberté d’expression. L’individu ou le
groupe s’y livrent à une lecture critique, satirique de la
société comme dans le BONGSAN TALCHUM de Corée, théâtre
populaire dansé et masqué ou le HAT CHÉO du Vietnam
né voici mille ans sur les bords du Fleuve Rouge, autre
théâtre populaire dont les acteurs aiment à improviser,
enrichissant encore aujourd’hui cet art de leur sensibilité.
Les QHAPAQ NEGRO jouent un rôle essentiel dans la fête
de Notre Dame du mont Carmel qui mobilise chaque
année plusieurs milliers de participants à Paucartambo au
Pérou. Les Qhapaq Negro figurent un groupe d’esclaves en
rupture de ban. Devenir Qhapaq Negro est un engagement
indéfectible au service de la Vierge mais aussi l’affirmation
du libre arbitre de chaque individu.
Le SANKIRTANA, ou prière en cercle, est un élément très
important de la société du Manipur et joue un rôle dans
son rassemblement et sa cohésion. Ici, chant, musique,
danse et prouesse physique se conjuguent afin de
maîtriser le désordre du monde et se rapprocher d’une
harmonie cosmique.
Le principe de l’harmonie et du lien
direct avec le divin se retrouve chez les Rifaï, une confrérie
soufie qui a essaimé depuis Bagdad jusqu’aux Balkans.
Le ZIKR DE LA CONFRÉRIE DES RIFAÏ de Tirana fera partie d’un cycle consacré à l’Albanie et à la diversité de ses traditions
musicales guègue, labe, tosque et tchame.
Cette spiritualité mystique prendra encore une autre forme
avec l’Orchestre arabo-andalou de Fès dont les chantres et
le chœur interpréteront a cappella dans la galerie Daru au
Louvre des AMDAH, odes mystiques et chants de louanges
au prophète, et le lendemain une NOUBA de l’héritage
arabo-andalou dont le jeune chanteur algérien ABBAS RIGHI
nous livrera, à l’IMA cette fois, la version constantinoise.
Le SINAWI est la musique des chamanes coréens, une
improvisation collective, que certains qualifient parfois
de « discorde harmonieuse », à la fois traditionnelle et
forcément contemporaine puisqu’elle est en perpétuelle
recréation. Ce sera la première fois qu’on pourra entendre à
Paris cette musique dans sa version purement improvisée.
VIDHA LAL porte brillamment le flambeau de la nouvelle
génération des danseuses de Kathak, la plus rythmique
des danses classiques de l’Inde, qui de dévotionnelle à
l’origine est devenue un art de cour. Elle est accompagnée
par de remarquables musiciens qui donneront en
introduction au récital de danse un concert dans la tradition
hindustanie de Lucknow. Les chants des charretiers de Sicile constituent une
tradition européenne à découvrir. Ce concert des CANTORI DE BAGHERIA marque une première collaboration avec le
Théâtre de la Ville.
Une découverte inattendue, l’archipel des Bahamas avec
le rake ’n’ scrape de BOHOG AND THE ROOTERS et les rhyming
songs des ANDROS JUBILEE SINGERS, qui chantent leur
spiritualité et une vie de dur labeur.
Enfin, le festival s’achèvera sur une programmation dédiée
au Cap-Vert. Une prospection a lieu au moment où cette
brochure est sous presse et le programme qui permettra
de découvrir la richesse de cet archipel de la créolité sera
disponible dès la mi-février.
C’est ensemble que nous pourrons défendre la diversité
culturelle de l’humanité, nous enrichir en reconnaissant
l’Autre, cet Autre qui est constitutif de nous-mêmes. Nous
vous attendons nombreux pour cette belle aventure.
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