Affiche Festival de l'Imaginaire 2010

 

Paraguay esquivo

Paraguay

Artistes contemporains du Paraguay - Exposition


  • Edithrudis Noguera, céramiques anthropomorphes
  • Fredi Casco
  • Osvaldo Pitoé crayon bic sur papier (détail)
  • Julia Isídrez (tous droits réservés)
  • Petit bestiaire (Communauté Mbya Guaraní, Communauté Nivaklé)
  • José María Blanch (tous droits réservés)

A la Maison des Cultures du Monde à Vitré

Centre de documentation sur les spectacles du monde
Prieuré des Bénédictins
2, rue des Bénédictins, Vitré
tél : 02 99 75 82 90

Exposition du 2 au 30 juillet 2010

- Du mardi au dimanche
- de 14h à 18h (fermé le 14 juillet)
- Entrée libre et gratuite


Les Voûtes

19 rue des Frigos
75013 Paris
M° Bibliothèque François Mitterand

ENTREE LIBRE

- Du 9 mars au 18 avril,
- du mercredi au dimanche
- Expositions ouvertes de 13h à 19h

- Projections de films et art vidéo paraguayens en nocturne le 24 mars à 19h aux Voûtes

>> Pour en en savoir plus cliquez ici

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Le Point Ephémère

200 Quai de Valmy
75010 Paris
M° Jaurès ou Louis Blanc

ENTREE LIBRE

- Du 17 mars au 18 avril,
- du mardi au dimanche
- Expositions ouvertes de 13h à 19h

- Projections de films et art vidéo paraguayens en nocturne le 19 mars à 19h au Point Éphémère
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Pour tous les autres spectacles, retrouvez notre billetterie en ligne en cliquant sur les liens ci-dessous.

Adriana Almada, commissariat

Discret, le Paraguay ne se livre aux regards qu’avec beaucoup de réserve. Qu’elles évoquent des fractures du temps ou des rêves collectifs, les œuvres de cette exposition instaurent des « moments » qui permettront de capter divers aspects de ce pays à la fois farouche et séducteur : la résistance à la colonisation et à l’acculturation, les cicatrices laissées par trois guerres et des décennies de dictature, les frontières évanescentes où urbain et rural se superposent, mais aussi une certaine vision de la beauté dans la production artistique contemporaine de quelques communautés indigènes et métisses.

Partant de centres d’intérêts distincts et de recherches diverses, les artistes invités abordent donc des sujets du Paraguay historique et contemporain, révélant des signes de sa complexité où, avec sa grammaire et sa sémantique, la langue guarani – élément constitutif de l’identité du pays – affleure constamment. L’installation sonore de Guillermo Sequera reflète cet aspect, tandis que celle de Marcos Benítez constitue une réelle plongée au cœur de la respiration humaine.

Les œuvres mettent en évidence des moments de contact, de rencontre. Certaines répondent à des pratiques urbaines, intimes et personnelles, comme l’installation de Bettina Brizuela. D’autres, comme les « drapeaux » de Marité Zaldívar, tissent une relation étroite avec les cultures originaires du pays et la population métisse des zones rurales, révélant ainsi l’ancrage d’une société dans une histoire qui n’en finit plus de se résoudre, celle de la dette historique, sociale et éthique que le Paraguay, comme nation, doit aux populations indigènes sur les terres ancestrales desquelles il s’est érigé en nation indépendante. Les traditions rurales sont aussi abordées dans la vidéo de Pablo Lamar.

Simultanément, certaines expressions actuelles comme les dessins à l’encre réalisés par les artistes indigènes Jorge Carema, Eurides Gómez et Osvaldo Pitoé montrent les transformations et les adaptations de leurs cultures au monde contemporain. Des petites séries d’une étonnante beauté décrivent avec les moyens les plus simples la vie quotidienne en communauté. On perçoit ici sa richesse culturelle et les périls qui la menacent. Le travail photographique de Juan Carlos Meza traite, lui, de la précarité des groupes indigènes habitant au cœur de la capitale. De même, le travail de Javier Medina expose des situations de convivialité et de cohabitation, et, dans certains cas, de ruines urbaines mais néanmoins traces encore présentes du dernier régime dictatorial.

On considère ici comme contemporains des objets et pièces produits, aujourd’hui, par des membres des communautés indigènes et métisses mais qui gardent néanmoins leur fonction rituelle, magique ou simplement utilitaire. Tel est le cas des terres cuites d’Ediltrudis Noguera et Julia Isídrez, petite constellation d’artistes populaires vivant en province, et les tailles en bois faites par les artistes mbya-guarani et chiripa de l’est et du nord du Paraguay.

La grande et riche région du Chaco (du quechua chaku, terre de chasse), est mystérieuse et étendue, telle qu’on la voit dans les photos noir et blanc d’Alexandra Dos Santos qui l’a parcourue pendant plusieurs années. Cette jeune photographe réussit à montrer ce « laboratoire humain » où la cohabitation forcée entre allemands mennonites, coréens, indigènes et métis paraguayens s’exprime sur fond de paysage troublant.

La mémoire des temps violents est encore vive. De nombreux jeunes artistes réfléchissent toujours à cette présence latente. La guerre de la Triple Alliance (1864-1870) qui opposa le Paraguay au Brésil, à l’Argentine et à l’Uruguay est le sujet des gravures réalisées par des soldats-artistes sur le front, reprises aujourd’hui par le jeune peintre Emmanuel Fretes Royg. Joaquín Sánchez se replonge dans deux guerres, celle de la Triple Alliance et celle du Chaco (Paraguay contre Bolivie, 1932-1935). Un récent court-métrage réalisé par Marcelo Martinessi rappelle les drames de la guerre civile de 1947. Les photos de José María Blanch qui datent des années 70 témoignent de la vie des familles paysannes pendant les périodes les plus difficiles de la répression politique de la dictature de Stroessner et, de même, la série digitale de Fredi Casco montre le protocole du pouvoir de cette époque. Un autre axe important sera occupé par la présence de la femme, la mère, véritable protagoniste de la reconstruction du pays et support de la société, depuis l’époque de la guerre de la Triple Alliance jusqu’à nos jours, avec notamment une installation de Mónica González.

Les objets inquiétants de Carlo Spatuzza introduisent une interrogation sur certains traits traditionnellement considérés comme féminins. Quant à Laura Mandelik, elle explore dans ses gaufrages autour d’un prototype populaire paraguayen qu’elle appelle « la chaise d’ici » les coutumes populaires paraguayennes liées à la perception du temps et à l’existence.

Installations sonores, sculptures, vidéos, films, photographies, céramiques, peintures, tailles en bois, gravures sur papier et sur toile seront mis en scène comme autant de signes de l’histoire, de la vie, de l’art et des rêves d’un pays aussi méconnu qu’attirant.

Adriana Almada

Projections de films et art vidéo paraguayens en nocturne les 19 et 24 mars à 19h -
ENTREE LIBRE


KARAI NORTE (l’Homme du Nord) de Marcelo Martinessi
Paraguay, 2009, 20 min, noir & blanc

Nous sommes en 1947 et la guerre civile touche à sa fin. Le paysage est désolé, la lagune asséchée et la nature aride. Un homme sur son cheval, à la déroute et affamé arrive à l’improviste chez une vieille femme esseulée. Malgré la grande désuétude dans laquelle elle vit, celle-ci lui offre le couvert. Progressivement les langues se délient et la vieille femme confie à son hôte le grand malheur qui vient de lui arriver. Qui sait si cet "Homme du Nord" pourra l’aider à obtenir réparation et à retrouver ce qu’on lui a dérobé ? Adapté de la nouvelle de Carlos Villagra Marsal écrite en 1953, ce western des temps modernes a été tourné dans la région du Chaco.


AHENDU NDE SAPUKAI (J’entends ton cri) de Pablo Lamar
Paraguay / Argentine, 12 min, couleur

Tourné dans la ville de Sapucai au Paraguay, ce film est une expérience sensorielle à mi-chemin entre la fiction et le documentaire. Le plan est fixe, les images sont comme arrêtées, nous sommes suspendus entre mouvement et immobilité, entre la vie et la mort.


YUKYTY de Joaquín Sánchez
Paraguay, 2010, 8 min, couleur

Joaquín Sánchez retourne sur les lieux du terrible massacre qui a eu lieu au cours de la Guerre de la Triple Alliance (1864-1870) qui opposait le Paraguay à l’Argentine, au Brésil et à l’Uruguay. Il aborde dans cette vidéo un des événements les plus douloureux de cette guerre : la bataille d’Acosta Ñu, dans laquelle près de trois mille enfants paraguayens furent tués. Dans le silence et la résignation, une femme évoque ce souvenir au bord de la rivière même où ces petits soldats prirent leur dernier bain.


HAMACA PARAGUAYA de Paz Encina
Paraguay, 2006, 72 mn, couleur

Le 14 juin 1935. Dans un endroit isolé dans les terres du Paraguay, Candida et Ramon, un vieux couple de paysans, attendent leur fils, parti à la guerre du Chaco. Cette guerre lointaine et interminable occupe leur esprit et leurs conversations. Ils parlent également de la pluie qui ne vient pas, de la chaleur qui persiste, de la chienne qui ne cesse d’aboyer et de tout ce qu’il faudrait faire pour rendre cette attente moins insupportable. A travers de longs plans fixes d’une grande beauté, la réalisatrice invite les spectateurs à partager avec eux leur quotidien, leur attente, leurs doutes, leurs angoisses et leur tristesse.
- Hide quoted text -


Manifestation organisée dans le cadre des célébrations du bicentenaire des indépendances d’Amérique latine Caraïbes en 2010.