Taraful Bucureștilor

Taraful Bucureștilor ● Roumanie

L’art des lăutari tsiganes

Les cinq membres du Taraful Bucureștilor comptent parmi les derniers lăutari (littéralement « trouvères ») capables d’interpréter cette musique populaire telle qu’elle était jouée et chantée pendant son époque de gloire, durant les années 1960-80. C’est au cours des premières décennies du XXe siècle que cette tradition vocale et instrumentale s’est développée dans les grandes villes de la Roumanie méridionale, notamment dans la province de Munténie en Valachie. Elle est issue de la fusion de plusieurs traditions de musiques urbaines : les chansons vocales tsiganes, les musiques pluri-instrumentales post-phanariotes (grecques et turques) du XIXe siècle, ainsi que d’autres musiques propres aux milieux sociaux les plus divers – sérénades à destination des demoiselles, chansons de forçats, musiques paysannes des faubourgs périphériques…

Cet art a pris naissance lors des banquets nuptiaux réunissant deux familles de musiciens roms : les convives masculins (le métier était encore une affaire d’hommes) se lançaient dans des compétitions musicales où chacun redoublait de dextérité et de complexité afin d’exhiber son talent et prouver sa supériorité. Témoin de la maîtrise des Tsiganes dans la pratique de cet art qu’ils ont poussé à la perfection, l’appellation alternative muzică lăutărească tigănească, une musique à la fois raffinée, complexe et difficile à jouer qui est devenue l’emblème du peuple tsigane.

Lorsque, peu de temps après, cette tradition s’est répandue dans les bistrots modestes, les clients roumains l’ont adoptée sans tarder, s’identifiant à elle. Puis, quand elle a pénétré dans les restaurants de luxe, elle n’a pas manqué d’attirer l’attention des intellectuels et des musiciens classiques.

La musique des lăutari consiste en chansons et en mélodies à danser aux particularités spécifiques, les hora et sârba lăutarească. Durant les dernières décennies, sa popularité grandissante a fait émerger de nouvelles générations de musiciens dont beaucoup, suivant la logique du showbiz occidental, ont malheureusement dénaturé la traditionnelle muzica lăutărească, standardisant les parties improvisées, surchargeant les accompagnements harmoniques tout en substituant aux sonorités acoustiques le timbre électronique du synthétiseur. Ceux qui admiraient cette tradition musicale la cherchent en vain dans les restaurants qui, prétendant la promouvoir, valorisent au contraire des mélodies banales, lisses et vite oubliées. Ne restent que de vieux enregistrements ou… les musiciens du Taraf de Bucarest.

À l’origine formé autour du virtuose Vasile Năsturică dont il a porté le nom jusqu’à son décès, le Taraf de Bucarest s’est constitué en 2008 pour une tournée de concerts. Auparavant, les musiciens, tous très convoités en Roumanie, évoluaient séparément dans de petits orchestres aux répertoires variés, qui se produisaient en Europe, aux Etats-Unis ou en Asie. C’est dans le but de réhabiliter et de sauvegarder la muzica lăutărească originelle qu’ils se sont réunis au sein du Taraf de Bucarest. Le festival de l’Imaginaire est très heureux de les accueillir pour un concert unique et inédit en France.

Paris, Théâtre de l’Alliance française

Vendredi 7 décembre à 20h

Distribution

Nicu Ciotoi violon, voix
Gicu Petrache
voix, guitare
Ionel Ioniță Cinoi accordéon, voix
Gheorghe Raducanu cymbalum
Ghiță Petrescu contrebasse

Autour du concert

Paris, Théâtre de l’Alliance française
> Table ronde «Tsiganes d’ici et d’ailleurs»
Jeudi 6 décembre à 18h30

En partenariat avec